Mardi 1 avril 2008
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Exemple avec un Boeing 747 : opération « boucle enchanteresse ». Procédure (officieuse) : à 25 000 pieds, orienter l'appareil suivant un angle de plongée franche, plein gaz. Une bonne dose de
survitesse est vivement recommandée, alors autant ne pas hésiter à se montrer généreux sur les chiffres de l'anémomètre. Ignorer avec dédain les folâtres signaux d'alarme. Afin de préserver la
saine concentration de l'équipage, mieux vaut carrément les désactiver. Cette quincaillerie éblouissante et criarde ne sert strictement à rien en l'occurrence. Sans dépasser la mesure, parfois un
peu de hardiesse ne saurait nuire. Et s'il fallait suivre à la lettre toutes les consignes de sécurité, on n'en sortirait plus ! Rester néanmoins en deçà de la désintégration cellulaire, dont
heureusement les bruyants prodromes ne risquent pas de passer inaperçus. Tirer virilement le manche à fond. Attendre en contemplant la graduation de l'horizon artificiel qui défile comme les
tranches d'une roue de loterie molasse...
A l'apogée du looping, la vitesse - ou du moins ce qu'il en reste - est tout simplement inavouable, on ne s'attardera donc pas sur ce
point. La perte de vélocité qui s'ensuit entraîne une chute bienvenue, de type abattée, grâce à laquelle l'aérodyne peut récupérer une vitesse de sustentation honorable. Dans la foulée, réduction
totale des gaz : inutile de s'approcher trop vite du sol (surtout à la verticale) pour un tas de bonnes raisons. Sortir concomitamment les volets au maximum (30°) et déployer les spoilers itou.
Manœuvre s'inspirant de la technique des bombardiers en piqué, qui possèdent une longue expérience dans ce domaine. Garder âprement les branches préhensibles du yoke contre son plexus solaire,
telles deux poignées de musculation en or massif. Quand l'horizon descend sous le pare-soleil, ranger les tôles biscornues de la voilure afin que celle-ci retrouve son état antérieur. Déplacer
vers l'avant les quatre manettes des gaz dès que l'aéronef est en palier, selon sa convenance. Bien sût, ne pas oublier de remettre scrupuleusement le manche dans sa position centrale. La
précision ici s'impose car nombre d'entre nous pourraient, par inadvertance, commettre cette petite étourderie.
Si la figure a été réalisée proprement le quadriréacteur s'alignera sur les traces floconneuses avec une exactitude d'arpenteur-géomètre. L'altitude indiquée au début permet d'engendrer une
traînée de condensation qui à elle seule assurerait la réputation d'un meeting. Il va sans dire que toute assistance du pilote automatique sera bannie, par égard pour les grands aviateurs
d'autrefois.
Mais essayons maintenant d'être sérieux, ce sujet ne prêtant pas à la rigolade. De toute évidence, si les avions de ligne n'effectuent jamais le moindre immelmann, c'est parce que parmi les
passagers il trouverait toujours un grognon qui irait se plaindre à la direction. Immanquablement. Sans que ce mauvais coucheur soit d'ailleurs capable de fournir un argument conséquent
susceptible de justifier sa protestation. Une chicane avancée juste pour enquiquiner la majorité des autres passagers, et ainsi priver ceux-ci d'une immense satisfaction. Les navigants reçoivent
les ordres. On sait à quel point les compagnies veulent éviter les palabres qui font perdre de précieuses heures au personnel, se référant à cette équation célèbre où X(argent)=Y(temps).
Pourtant la plupart des commandants de bord seraient tout à fait disposés à combler l'ensemble des voyageurs bien lunés en exauçant leur ardent désir - hélas le plus souvent inassouvi - de
pratiquer la voltige dans l'azur. Ces Pères Noël bien réels pourraient ainsi offrir à la clientèle une récréation inattendue - looping espiègle - au cours d'un long et ennuyeux trajet par
exemple. De quoi réveiller tout le monde en créant une bonne humeur communicative. Les enfants seraient fous de joie. Ebaudissement que chaque occupant d'un siège payant ne serait pas près
d'oublier. Instant fugace de pure béatitude dont on ne se remémore qu'avec délectation et gratitude. Un souvenir impérissable qui pourrait exalter une âme réceptive durant le reste de sa vie.
Ajoutons que pour le prix d'un banal trajet aérien en groupe, les passagers bénéficieraient d'un cadeau royal. A l'instar des rares privilégiés qui ont le bonheur d'être invités dans les jets
biplaces de patrouilles acrobatiques.
Autre suggestion pouvant faire d'innombrables heureux. A l'occasion d'un parcours transatlantique qui se serait déroulé sans encombre lorsque l'avion survole l'aérodrome d'arrivée, le pilote
effectuerait un tonneau de victoire. On imagine aisément la liesse générale derrière les abondants hublots. Difficile de mieux fêter l'événement !
Etant particulièrement bien conçu, le Boeing 747 autorise un vol prolongé sur le dos. Résultat prévisible : certains réclameront à cor et à cri - ce qui est très compréhensible - une légère
collation. Hôtesses et stewards devraient alors - obligatoirement - pousser le chariot des repas tout au long du plafond. Il serait vain de le nier, la seule différence (minime) à laquelle
d'aucuns pourraient se heurter concerne les boissons. Le risque étant de verser du liquide dans les narines. Mais tous les gens ne sont pas maladroits.
On pourrait encore longtemps énumérer les nombreux avantages que présente notre formule innovante, mais cela deviendrait fastidieux.
Aussi concluons avec un exercice de pilotage en chambre (à air) qui s'adresse aux individus gonflés. Atterrissage sur la piste unique et ultracourte de Merril C. Meigs, proche du centre-ville de
Chicago, aux commandes d'un gros aéroplane. On se contentera pour l'heure d'un Boeing 737 : soyons raisonnables. L'aérodrome défunt ne doit vraisemblablement plus figurer dans les fichiers de FS
X, snif ! L'archaïque génération considèrera cette absence comme une grosse perte pour les suppôts des simulateurs invétérés qui s'ingénient à contrefaire les experts du vol organisé sur le
plancher des vaches.
Lorsque l'affaire est d'importance, mieux vaut ne pas bâcler la check-list. Inconscient serait celui qui le démentirait. Une question d'intégrité dont s'honore l'être responsable qui suit avec
inflexibilité ce juste protocole. Alors allons-y ! Clavier : repoussé. Touches : accessibles. Voyant de la souris : allumé. Joystick : connecté. Manche : bouge dans les deux axes. Manette :
mouvement jusqu'en butée et remise à zéro. Caisson de basses : allumé. Fauteuil à roulettes : remue librement. Coussin dorsal : installé. Lustre : éteint. Lampe d'architecte : allumée. Fenêtre :
entrouverte. Store : demi-baissé. Porte : fermée (à cause du chat). Température extérieure : correcte (pour la saison). Température intérieure : ça va. Température de l'huile : normale (identique
à celle du vinaigre). Machine à café : sous pression. Chauffage : mi-puissance. Ventilateur colonne : coupé. Clim : coupée. Réserve d'alcool : pleine. Réserve auxiliaire : pleine. Réserve
d'ultime secours : pleine (qui oserait traiter à la légère l'irrémédiable panne sèche annoncée par les derniers bingo-bingo ?). Baromètre : indication suspecte, quoique plausible avec ce climat
détraqué (n'empêche que les illogismes foisonnent depuis que Griffu a fait tomber l'instrument par terre). Horloge à poids : peu fiable (encore Griffu), reste néanmoins utilisable si on n'en est
pas à huit heures près. Antenne radio : déployée. Réception : cinq sur cinq, mais plus qu'une seule station AM audible (toujours Griffu). Prévision météo : le temps va un peu fraîchir (mettre une
petite laine). Ceinture : bouclée. Gilet : boutonné. Pantoufles : chaussées. Récapitulatif complet des plus beaux plantages de Windows : à portée de main. Nous voilà enfin parés pour affronter
les tribulations du ciel.
Après une rotation d'ellipse, l'espace temps se meut une palanquée de minutes plus loin. Les réacteurs et la tour du PC vrombissent en chœur. Aucun lendemain ténorisé à l'horizon, subséquemment
ceux - un chouia sportifs - qui savent si bien faire chanter les prolétaires et le patronat entonneront « C'est l'appro-che fina-le ! ». Réponse vraisemblable du contrôleur qui ne connaît pas la
fausse note, allegro vivace. Notre zone d'atterrissage s'avère donc en vue. Confronté au moniteur sévère, que remarque-t-on d'emblée, hormis le concert de klaxons d'une rue voisine et l'étendue
insensée du lac Michigan ? D'un côté du terrain (à l'est), de l'eau. De l'autre (à l'ouest), de l'au. Au sud : de l'eau. Et au nord, de l'eau. Bref il s'agit d'accomplir une sorte d'appontage
civil. Sans le confort des brins d'arrêt, le chalenge consiste, au moment où l'appareil s'immobilise, à ne pas humidifier les pneus. Poules mouillées s'abstenir. A l'occasion le freinage peut
s'avérer limite. Auquel cas, avec sa ligne - par le cockpit - on sera en mesure de pêcher un cartonneux poisson !
Par J.M.